Enfance déshéritée, un problème de société
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Avant les deux premières guerres mondiales, la situation des enfants dans le monde n’était pas du tout alarmant. Au contraire, on parlait de l’enfance prospère. Ici en Afrique, l’enfant était soit au foyer avec sa maman, soit à l’atelier avec son papa, soit au champ, et plus tard soit à l’école. Presque sans transition, la vie active succédait à la vie d’enfance.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, la situation des enfants dans les pays en conflits armés touchait de pitié les âmes sensibles. Le cas des enfants orphelins dont les parents ont été des victimes de guerre était le plus touchant. Des associations furent alors créées pour un SOS enfant. Cette mobilisation de personnes de bonne volonté, de collectivités, de gouvernements furent salutaires pour la vie des milliers d’enfants en difficulté.
1. Les enfants déshérités: fatalité et comportements irresponsables de parents
Dès lors, la situation des enfants dans le monde va s’empirer. De tous les temps, les guerres n’ont plus jamais cessé de pousser parents et enfants sur le chemin de l’exil, le chemin du dernier recours, les sentiers des incertitudes en face de l’avenir. Le nombre des enfants orphelins dans le monde continue de progresser davantage du fait des conflits armés persistants ou intermittents et du fait aussi des fléaux de ce siècle que sont le VIH/SIDA, le paludisme, le choléra,…
Le nombre des enfants déshérités croît donc chaque jour un peu plus dans le monde et plus particulièrement dans les pays pauvres et dans les pays en proie à des conflits armés. L’opinion mondiale fait des efforts, de par le monde, pour éteindre les foyers de tension et, dans le pire des cas, des conflits armés qui sont de véritables catastrophes pour notre écosystème.
Un autre facteur non moins important participe activement de la croissance du nombre des enfants déshérités dans les pays en voie de développement. Nous citons sans ambages le manque de contrôle des naissances qui favorise une explosion démographique sans précédent en Afrique par exemple. C’est cette préoccupation que nous voudrions partager avec nos consœurs et nos confrères africains qui recherchent activement des voies et moyens en vue du développement humain durable de l’Afrique.
René Dumont rapporte dans son livre intitulé ( Démocratie pour l’Afrique), ce qui suit :
« Nous recevons des Nations Unies une étude de Léon Tabah soulignant une fois de plus la sagesse des pays asiatiques qui diminuent très vite leur taux de fécondité et de fertilité. Il leur a fallu deux ou trois décennies pour achever une transition démographique qui avait pris plus d’un siècle dans certains pays européens. Ce qui est fort heureux, car l’Asie représente presque 60% de la population mondiale : proportion qui commence déjà à diminuer. A l’opposé, la grande majorité de l’Afrique et la quasi - totalité de l’Afrique tropicale, à la seule exception du Zimbabwé, n'ont même pas abordé cette transition. De sorte que l’on prévoit aux Nations Unies, à ce jour (1990), que le continent africain aura multiplié par dix sa population entre 1950 et 2050, en un siècle. Et l’on ne peut même pas garantir que cette explosion s’arrêtera en 2050. Comme on estime à 222 millions d’habitants la population de l’Afrique en 1950, cette prévision nous annonce 2 milliards 220 millions d’Africains en l’an 2050, soit 42% de la population mondiale de 1989. La population de l’Afrique tropicale seule, qui « progresse » plus vite que l’Afrique du Nord et du Sud, ne s’était multipliée « que » par 5,5 de 1900 à 1990, donc en quatre-vingt-dix ans (ce qui correspond à 5,5 en un siècle)…
Les conséquences écologiques d’une telle progression risquent d’être tragiques. Aujourd’hui déjà, la croissance économique n’arrive même pas à maintenir un niveau de subsistance pourtant dramatiquement insuffisant. Et Léon Tabah rappelle que, il y a vingt ans, on disait le « grenier » du Soudan capable de nourrir de cinq à dix fois sa population actuelle. Pierre Gourou classait l’Ethiopie et les pays tropicaux dans leur ensemble parmi « les terres de bonne espérance » - ce que Christian Piéri a eu l’imprudence de rappeler dans Fertilité des terres de savane (voir chap. XIII). Tabah nous montre que la modernisation a eu en Afrique des effets pervers, en réduisant et parfois même en annulant beaucoup d’obligations et d’interdictions, comme l’abstinence sexuelle suivant l’accouchement pendant l’allaitement au sein, lequel tend à reculer; tandis que la mortalité infantile, qui incite à rapprocher les naissances, reculait moins vite en Afrique qu’ailleurs. Bien moins de 10% des populations africaines usent de contraceptifs, de sorte que, nous dit Tabah, il faudra encore au moins une ou deux décennies avant que diminue le taux de croissance de la population, qui continue actuellement à augmenter.
Nous estimons qu’accepter le déroulement d’un tel processus enfoncerait l’ensemble de l’Afrique tropicale dans une misère effroyable, quelles que soient les mesures politiques et économiques prises. Il y faudrait un volume énorme d’aide extérieure qui, dans l’ambiance actuelle, nous apparaît peu probable. Ne répétons pas en Afrique l’erreur commise par la Chine en 1955, et qu’elle ne finit pas de payer. Il faut déclarer que la situation démographique doit être corrigée, … Certes on incrimine, à juste titre, les politiques nationales et l’aide internationale; mais il ne faut pas oublier que le responsable principal (de la pauvreté de nos populations africaines) est l’explosion démographique. »
La misère et la pauvreté, les africains au sud du sahara le vivent depuis plus de vingt ans : Les problèmes de pénurie alimentaire un peu partout, l’ouverture des centres de malnutrition pour enfants comme on en trouve en République du Bénin, la sécheresse ça et là, les criquets ravageurs au Sahel, la criminalité, la jeunesse au chômage, la drogue, la prostitution, les conflits fonciers, l’exode rurale, etc. sont le reflet de la paupérisation de l’environnement africain en proie à une dégradation accrue du fait de la forte densité des populations.
2. L’explosion démographique, un danger à combattre
Le bon sens nous fait admettre qu’une femme et un homme ayant des revenus très limités ne peuvent constituer qu’un foyer à faible revenu. Un foyer à faible revenu qui sait faire de budget (l’inventaire des moyens disponibles en rapport avec ses besoins), doit savoir limiter ses dépenses dans tous les domaines en allant jusqu’à s’interdire certaines dépenses. Or, on ne peut prétendre limiter ses dépenses tout en accroissant le nombre des enfants à charge. Comment un ménage pauvre peut-il nourrir, habiller, loger, scolariser six enfants, parfois plus, de façon décente sans abandonner certains de ces enfants à la touche? Si des préalables ne sont pas posés avant les naissances des enfants, les couples contribueront, à travers des comportements trop peu responsables, à l’accroissement des effectifs des enfants déshérités dans nos localités. Par conséquent, chaque africain au sud du Sahara devra adopter de nouveaux comportements aux fins de limiter le nombre de ses enfants. La survie des générations à venir en dépend. Nous avons à présent, individuellement et collectivement, le devoir de mener la lutte sur le plan démographique afin que l’Afrique cesse d’être “étranglée par l’explosion démographique” pour prospérer, entendu que l’explosion démographique est un ensemble de freins au développement de nos populations et partant de nos pays.
Citons René Dumont : « L’Afrique tropicale au sud du Sahara, si elle continuait de croître au taux actuel, bien plus élevé que le reste du tiers monde, exigerait environ 8 millions d’emplois par an au début de la décennie, et de 12 millions vers la fin. » Sur 20 ans, il faudrait créer bien plus de 200 millions d’emplois. Il est (hélas) permis d’annoncer que cet objectif ne sera pas atteint. Alors… »
12 millions d’emplois par an ! De la pure démagogie ! Alors, faudra-t-il continuer en toute conscience de grossir le nombre de futurs citoyens sans emploi (des chômeurs) ou se résoudre à limiter les naissances pour offrir plus de chance à nos enfants ? C’est un choix à faire entre la quantité et la qualité.
3. Agir à présent, mais comment?
Nous avons l’ultime devoir d’informer nos populations tant urbaines que rurales du danger de l’explosion démographique pour nos foyers, pour nos localités, pour nos différents pays, pour l’humanité toute entière.
Au Togo par exemple, la loi ne limite guère les naissances. Il existe des associations qui mènent la lutte en faveur de l’espacement des naissances et pas pour la limitation des naissances. Faut-il donc attendre l’autorisation du législateur pour commencer la lutte contre l’explosion démographique? Sans doute, non. Dans ce cas, cette tâche reviendrait aux associations et aux ONG en lutte pour le développement humain durable de nos communautés. Aussi, souhaiterions-nous que des associations et ONG à caractère social s’engagent dans la lutte contre l’explosion démographique sur deux fronts:
- « parvenir à convaincre l’ensemble des dirigeants politiques - et si possible religieux - de l’opportunité de telles mesures. »
- agir à présent, auprès des populations tant urbaines que rurales, à travers l’organisation de séances intenses d’information et de sensibilisation relayées par le porte- à- porte, en vue de contribuer à freiner progressivement l’explosion démographique.
On ne devra pas perdre de vue les heurts possibles entre les partisans de la « lutte anti-explosion démographique » et les conservateurs. C’est pourquoi tous les moyens humains, matériels et financiers doivent être mobilisés pour que le but fondamental de cette lutte à savoir « Freiner l’explosion démographique dans nos différents pays africains pour enclencher le développement humain durable de l’Afrique » aboutisse.
La Chine a connu la surpopulation et a adopté depuis quelques temps une politique contraignante de limitation de naissance. L’Afrique devra-t-elle continuer de laisser progresser exagérément sa population humaine avant d’adopter des mesures concrètes de lutte contre l’explosion démographique? La politique de limitation des naissances contribuera à réduire les dépenses des ménages et partant de nos Etats. Les conflits fonciers qui couvent partout dans les zones de surpeuplement pourront disparaître tout naturellement. N’est-ce pas plus sage de prévenir des conflits internes que de jouer aux sapeurs pompiers lorsque des combats éclataient? Nous croyons qu’un mal prévisible peut et doit être évité. Et à tout prix, à moins qu’on accepte d’être un irresponsable voire un criminel.
Pour le développement humain durable de l’Afrique, les gouvernements, les associations et les ONG doivent commencer à mener la lutte contre l’explosion démographique ? Les partenaires financiers de nos pays africains sont invités à appuyer cette indispensable lutte qui est un préalable au développement de nos communautés.
En conclusion, « Le drame de l’Afrique en ce début du troisième millénaire, c’est qu’elle est obligée de réaliser très vite toute une série de mutations si profondes qu’elles exigent aussi des changements de mentalités, donc beaucoup de temps. Car les traditions, les mentalités, les structures socio-économiques opposent de fortes résistances à ces bouleversements. Si elles ne peuvent s’adapter vite, l’avenir risque d’être bien sombre. » Nous devrons donc agir vite et sur tous les fronts. Tous les acteurs du développement sont interpelés.