Construire la Paix en Afrique
de André Kangni AFANOULe 10 décembre 1993, Nelson Rolihlalha MANDELA invitait, au cours de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix qu’il venait d’obtenir, les hommes à prouver par leurs efforts que Martin Luther KING « n’était pas un pur rêveur quand il parlait de la beauté d’une fraternité et d’une paix authentique plus précieuse que l’or ou les diamants ». La paix est en effet la principale prémisse à tout développement ; en son absence il est impossible non seulement de chercher le développement futur mais aussi de préserver les fruits du développement dans son état actuel.
Tandis que les relations commerciales et la globalisation améliorés sont parmi les défis principaux pour la plupart des pays en voie de développement, la majeure partie de l’Afrique subdésertique est encore scellée avec des sécessions, des guerres civiles et des conflits armés qui en autres, ont freiné sa croissance et son développement comme continent. En conséquence l’Afrique qui constitue 10% de la population du monde produit 25% des réfugiés et des personnes intérieurement déplacées du monde.
La logique voudrait que tout Africain soucieux de l’avenir du continent s’imprègne constamment d’une véritable culture de paix et traduise cela dans les actes de tous les jours.
AU LIEU DE CELA QUE CONSTATONS-NOUS ?
Dans la Région des Grands Lacs, en Angola,au Burundi, au Rwanda, en Sierra Leone, au Libéria les populations, poussées par on ne sait quel démon, s’entre-tuent pour des motifs absurdes ; en Côte-d’Ivoire les politiques ont poussé les innocents à la violence au nom d’intérêts sordides ; le résultat en a été la guerre plus loin ce sont les enfants d’un même Dieu qui se battent du fait de leur appartenance à différentes religions. Il est temps que ceci finisse !!!
MAIS ALORS QUE FAIRE ?
C’est un fait universellement reconnu qu’il est préférable de prévenir que de guérir. C’est donc essentiellement au niveau de la prévention des conflits que les efforts doivent se concentrer ; les stratégies de prévention doivent s’attaquer aux racines des conflits et non seulement aux actes de violence qui en sont les symptômes. Si l’on veut réussir à prévenir les conflits meurtriers, il faut en comprendre les causes. Celles-ci tiennent à la pauvreté, aux dissensions religieuses et politiques…La prévention doit être mûrie à ces différents niveaux. Il faut arriver à comprendre que « l’humanité serait depuis longtemps heureuse si tout le génie que les hommes mettent à préparer leurs bêtises, ils l’employaient à ne pas les commettre ». Dans cette tâche, les structures de base de la communication africaine doivent jouer un grand rôle. Comme le déplorait en 1995 la Commission des femmes pour les Réfugiés Women and Children « les femmes et jeunes sont rarement consultés pendant le processus politique de négociation de paix ! Pourtant elles sont souvent celles qui maintiennent leurs communautés vivantes, avec émotion et physiquement, pendant les temps de guerre ».
A-LES FEMMES
Il importe de mettre les femmes au courant de leur rôle important en favorisant la tolérance et la paix.
1-L’éducation
La sagesse populaire enseigne que derrière chaque grand homme se trouve un femme. C’est dire que c’est cette dernière qui, par-dessus tout, modèle le saint, le héros, le démocrate, le rebelle, le tyran.
Dès lors, il importe d’amener les femmes à prendre conscience de cette grande responsabilité qui est la leur. Elles pourront ainsi être à même de façonner leurs enfants et proscrire dans leur éducation tout sentiment de violence.
2-Conseillères
Sur un autre plan les femmes doivent jouer un rôle de conseillères de premier plan aux côtés de leurs maris, fils et frères. Ce sont en effet elles les épouses des dirigeants qui sont tentés de recourir à la violence. La culture de la paix dont elles devront se convaincre elles-mêmes sera une base aux précieux conseils qu’elles auront à administrer.
3-L’engagement politique
Par leur engagement dans le jeu politique les femmes devraient œuvrer à s’impliquer dans les postes de responsabilité afin d’imprimer positivement leur marque à l’évolution de la société dans le sens de la paix.
Les associations de femmes devront aussi être sensibilisées et mobilisées à cet effet.
On pourra à cet effet s’inspirer fortement de l’exemple du forum des femmes de l’Afrique crée à Accra en janvier 1997 par Mme Graça Machel.
4-Participation aux processus de négociations de paix
Très souvent les femmes sont invisibles aux tables de négociations de paix dans beaucoup
conflits modernes et leur souci, leurs efforts dans les processus de paix ont tendu à marginalisés. Elles devront conquérir la place qui est la leur pour des résultats plus efficients.
B-LES JEUNES
La société africaine de demain sera ce que les jeunes auront voulu qu’elle soit. Dans cette exaltante œuvre de construction du continent, les jeunes devront être des fers de lance à différents niveaux.
1-La proscription de la violence
La commission des actes de violence devra être proscrite. L’expérience a en effet montré que ce sont souvent sur les jeunes que comptent les leaders pour leurs actions de violence tant au cours des guerres que lors des manifestations politiques ou religieuses.
Les jeunes ne doivent plus céder aux manipulations et corruption de tous genres.
2-La culture de la paix
L’enfant est le père de l’homme, dit-on souvent. C’est dire qu’un jeune qui a une bonne éducation ne peut que contribuer à faire de bons leaders et de bons dirigeants pour la société de demain.
Les jeunes devraient atteindre un niveau de conscience leur permettant d’épouser les idéaux se paix et les démontrer dans leurs actions de chaque jour.
Dans ce cadre, ils devraient être sensibilisés et être à même d’opposer un refus catégorique aux appels à la violence auxquels ils sont poussés souvent par les politiques et autres leaders ambitieux.
3-L’engagement au service de la paix
Un vaste mouvement devra être initié à l’échelle de tout le continent. Des manifestations menées par des associations, ONG et autres organisations de la société civile oeuvrant spécialement dans le domaine de la promotion des nobles idéaux de paix devront connaître une réelle implication des jeunes.
4-Participation aux processus de négociation de la paix
A l’exemple des femmes, la fer de lance de lance que constitue la jeunesse doit être associée aux négociations de paix à chaque fois que de besoin.
CONCLUSION
Les propositions développées plus haut doivent s’inspirer des valeurs profondes de l’Afrique.
La sagesse du continent nous enseigne en effet que le linge sale se lave en famille. Les germes de conflits doivent donc être décelés à chaque fois et traités à la manière des discussions menées sous l’arbre à palabre. Si on y arrive beaucoup de conflits de divers types seront à coup sûr étouffés dans l’œuf.
Telles sont là mes convictions personnelles profondes par rapport au bâtiment de la paix en Afrique.
André Kangni AFANOU