Au milieu du 20e siècle, la société américaine blanche continue d’évoluer sans tenir compte de la volonté d’émancipation de tout un peuple opprimé, les Noirs. Avec le début de la lutte pour les droits civiques, un homme en prendra la direction au nom de tous les siens, Martin Luther King. Préconisant toujours l’action non-violente à une époque où les tensions raciales ne cessaient d’augmenter, Luther King se démarqua en devenant l’un des plus grands pacificateurs du dernier siècle. Cette biographie va vous présenter cet homme à travers ses luttes pour l’amélioration des conditions de vie du peuple noir.


Sa jeunesse


Martin Luther King naît à Atlanta le 15 janvier 1929. Il est le fils de Martin Luther King Senior et d'Alberta Williams King. Issu d'une famille bourgeoise, il bénéficie d'un environnement culturel favorable. Il devient pasteur baptiste à l'âge de 19 ans, dans la tradition de son père (pasteur à l'Église Baptiste d'Ebenezer à Atlanta) et de son grand-père. Le mouvement baptiste est une branche de la famille protestante née en Angleterre au XVIIe siècle. Il se développe surtout aux États-Unis et en Russie. Les Baptistes se caractérisent par un attachement inconditionnel à l'Écriture Sainte. En 1948, il sort diplômé de Morehouse College (Atlanta), un établissement pour élèves noirs. Sa formation théologique commence au séminaire Crozer, à Chester (Pennsylvanie) et s'achève en 1955 à l’Université de Boston par l'obtention d'un doctorat. Deux ans plus tôt, il épousait Coretta Scott.


Le début de sa lutte


Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, couturière, emprunte le bus qui doit la ramener chez elle. Le bus est plein et le nombre de rangs réservés aux Blancs ne suffit plus. Le chauffeur exige d'elle qu'elle se lève pour laisser un Blanc s'asseoir. Lasse de se soumettre, elle refuse de céder sa place et elle est alors arrêtée. Militante, elle luttait pour les droits civiques et organisait des ateliers sur la coopération interraciale. Rosa Parks devient alors le symbole de l'injuste politique menée (entre autres) par la compagnie de bus de Montgomery (Alabama). Tandis que le boycott des bus de Montgomery s'organise, Rosa Parks est condamnée à payer une amende pour violation des lois de l'État d'Alabama. Afin de regrouper l'ensemble des initiatives, pasteurs et leaders noirs créent le 5 décembre la "Montgomery Improvement Association" (MIA) - Association pour le progrès de Montgomery. Lorsque vient le moment d'en désigner le président, les militants proposent d'élire un jeune pasteur de Dexter Avenue, nommé à Montgomery depuis peu... Martin Luther King Jr.



Le mouvement naissant des droits civiques trouve ainsi son porte-parole. Luther King va pouvoir mettre en pratique sa doctrine de la non-violence dans les luttes pour l’amélioration des droits civiques. Toutefois, la municipalité procède à des arrestations massives (Martin Luther King, Rosa Parks, des pasteurs...). L'effet aura été d'attirer l'attention de la presse nationale et internationale. C'est l'occasion pour Luther King d'imposer son éloquence et sa culture. Il devient pour les journalistes, le porte-parole de l'Amérique noire. Le 4 juin 1956, la Cour fédérale de district condamne les règles ségrégationnistes en vigueur dans les autobus. Le maire de Montgomery fait alors appel à l'arbitrage de la Cour Suprême. Le 13 novembre, la Cour confirme le verdict : la ségrégation dans les autobus est déclarée inconstitutionnelle1.




Reconnaissance de son apport à la lutte



Cette victoire est la première d’une lutte qui grandit rapidement à travers les État-Unis sous la direction d’un leader prônant l’action non-violente. En janvier 1957, les leaders noirs de dix États du Sud se rencontrent pour former l'organisation Southern Christian Leadership Conference (S.C.L.C.) et Luther King en est élu président. Pour commencer, cette organisation décide de concentrer son attention sur la discrimination pratiquée dans les transports ailleurs qu'à Montgomery malgré la nouvelle loi, et l'accession des Noirs au droit de vote.



En 1960, Luther King participe à l'essor du mouvement étudiant. Arrêté lors d'un sit-in, il est, à cause de ses antécédents, condamné à quatre mois de travaux forcés dans un pénitencier rural du Sud. Robert Kennedy qui s'inquiète du vote des États du Sud à l'élection présidentielle que mène son frère, obtient du juge l'annulation de la sanction. Par ailleurs, les sit-in("voyages de la liberté") et autres manifestations sont commentés, discutés et inspirent les étudiants de l'Université noire d'Albany State. Ils réclament des droits à leur tour. Cette "campagne d'Albany" menée dans l'État de Géorgie, est une expérience négative pour Luther King qui sort de ce conflit avec un sentiment d'échec. Il n'a pas pu avoir de rôle dans les discussions avec les autorités et les requêtes touchant la déségrégation sont trop générales. Il ne réussit pas à convaincre les étudiants de la nécessité d'adopter la non-violence.



Quoiqu'il en soit, il reste le leader charismatique de la vague contestataire du début des années 60; le mouvement des droits civiques. Ses paroles ont galvanisé les Noirs et fait changer l'opinion des Blancs modérés. Son principal mérite est d'avoir fait de la traditionnelle revendication des Noirs pour l'égalité, une idée ordinaire dans la conscience de l'Américain moyen. Il cherche à convaincre et non à humilier ses adversaires, lutter contre le mal et l'injustice et non contre les individus, endurer la violence sans riposter en vertu du pouvoir rédempteur d'une souffrance imméritée. Par ailleurs, maintenant que l'agitation a gagné tout le pays et que les Noirs descendent par milliers dans les rues, une question va se poser : du pacifisme de Martin Luther King ou de la résistance armée de Malcom X, laquelle de ces deux formes de lutte l'emportera? Luther King doit faire la preuve de l'efficacité de la non-violence ; il lance alors en 1963 la campagne de Birmingham (Alabama).



Le Ku Klux Klan y règne en maître et le chef de la police est un de leurs sympathisants. La ville de Birmingham est la ville la plus parfaitement ségrégée des États-Unis et elle devient, par la lutte de King, le premier symbole d'intolérance raciste du pays. Aussi une victoire porterait un coup fatal à la ségrégation. Le projet C (C comme Confrontation), élaboré par la direction de la SCLC en janvier 1963, doit pousser l'oppresseur à commettre ses actes de violence au grand jour, devant la presse et les caméras, et amener ainsi le gouvernement à légiférer pour bannir la ségrégation de façon irrémédiable. La provocation devient désormais un aspect crucial de sa stratégie non-violente. Contrairement à la campagne d'Albany, la campagne de Birmingham visait la déségrégation des seuls bars et grands magasins plutôt que de vastes ambitions confuses. Le boycott des bars doit suffire à faire plier les commerçants.



Les autorités cèdent à la provocation de Luther King ; il est incarcéré le 12 avril 1963 (un vendredi saint). Il rédige alors ce que l'on appelle la Lettre de la prison de Birmingham, l'un des grands manifestes du Mouvement des droits civiques ; une vibrante défense de la philosophie et de l'action non-violente. Dans ce texte, il répond à un groupe de pasteurs et de rabbins de Birmingham qui ont condamné les manifestations orchestrées par les "agitateurs de l'extérieur". Il exprime aussi l’exaspération du peuple noir à ce faire dire d’attendre le moment venu avant de réclamer des améliorations aux droits civiques. Encore une fois Robert Kennedy et J.F.K. interviennent en faveur de King pour le sortir de prison.



Le 20 mai 1963, la réglementation ségrégationniste de Birmingham est déclarée anticonstitutionnelle par la Cour Suprême2. Au mois de juin, John F.Kennedy prononce un discours télévisé inhabituellement grave. Il annonce une nouvelle législation sur les droits civiques, destinée à bannir la ségrégation dans tous les lieux publics. Ce projet est présenté une semaine plus tard au Congrès. La lutte contre la ségrégation à Birmingham, avec la prise de position de Kennedy, est pour Luther King une révolution, car elle change la face de l’Amérique.



Le 28 août 1963, c'est la Marche sur Washington. Luther King clôt la manifestation en prononçant le plus fameux de ses discours... "I have a dream...", devant 250 000 personnes réunies au pied du Lincoln Memorial. Retransmis en direct par trois chaînes nationales, le discours de Luther King apparaît être une apothéose pour la lutte des droits civiques. De plus, le 2 juillet 1964 Luther King s'envole vers Washington pour assister à la signature par le Président Johnson de la loi sur les droits civiques (le Civil Rights Act). Cette législation bannit la ségrégation dans tous les lieux publics, élargit à nouveau les compétences du ministère de la Justice pour imposer des écoles intégrées, crée une commission d'égalité des chances dans l'emploi et un Service de relations communautaires chargé de régler les différents engendrés par la déségrégation. Mais la pleine citoyenneté n'existe pas sans le droit de vote et le pouvoir politique. Elle ne signifie rien si une pauvreté endémique continue d'accabler des générations de Noirs tenus à l'écart de la prospérité. Qui plus est, l'insatisfaction des Noirs des grandes villes menace de plus en plus la paix sociale. Des émeutes éclatent pendant l'été 64. Le maire de New York, débordé par les émeutes à Harlem, s'en remet à Luther King. Toutefois, la communauté noire New-yorkaise voit d'un très mauvais oeil ce "parachutage" dans leur ville. Mais loin de cautionner la politique du maire de New-York, Luther King repart sans avoir réussi à convaincre celui-ci que la violence ne cessera qu'avec la naissance d'une justice économique.



Le 14 octobre 1964, Luther King est élu prix Nobel de la Paix. Il reçoit son prix à Oslo en décembre. Il est le plus jeune lauréat jamais désigné et le second Noir Américain (après Ralph Bunche). Peu ému par les titres honorifiques, Luther King accueille toutefois ce prix comme la reconnaissance du Mouvement des droits civiques par la communauté internationale. Il accepte le prix Nobel au nom de tous les militants : "J'accepte le Prix Nobel de la Paix au moment même où 22 millions de Noirs américains sont engagés dans une bataille créatrice pour mettre fin à la longue nuit de la ségrégation.(notes).



Intensification de la lutte



À partir de janvier 1965, Luther King et ses associés débutent à Selma la lutte pour la reconnaissance du droit de vote. En février, il est incarcéré et dirige les opérations de sa cellule. Après de nombreuses marches, dont celle de Selma à Montgomery, de nombreux morts (notamment à l'occasion des émeutes de Watts, quartier de Los Angeles), le 6 août 1965, le président Johnson signe en présence de Luther King le "Voting Rights Act" (loi autorisant la déségrégation des lieux publics et protège le droit des Noirs à voter)3.



Ensuite, la SCLC annonce qu'elle étend son action au États du Nord ; il s'agit de passer de la lutte pour la justice légale à la lutte pour la justice économique. Luther King se rend donc à Chicago, capitale officieuse de l'Amérique noire. Mais le Mouvement du Dr. King se fait supplanter par le Black Power. Les plus radicaux de ce mouvement font sensation dans les médias. Mohammed Ali incarne à merveille toutes les revendications du Black Power : l'affirmation de la beauté et de la virilité noire et la fierté des origines africaines. " Black is beautiful !" devient le mot d'ordre. À Chicago, Jesse Jackson qui avait rejoint la SCLC depuis la campagne de Selma, fut chargé de coordonner l'opération à Chicago. Il s'agit de mener la guerre contre les taudis. Luther King loue un appartement dans le quartier de Lawndale, au cœur du ghetto. La désobéissance civile (grève des loyers...) ne pouvait s'appliquer dans le Nord, où la loi était la même pour tous. À l'occasion d'une marche dans le quartier blanc de Gage Park, Luther King est blessé à la tête par une pierre lancée par la foule qui scandait "Nous voulons King !". Trois jours après, le 8 août 1966, Jesse Jackson annonce qu'il marchera à travers Cicero, un quartier symbolisant le racisme pur et dur depuis que l'arrivée d'une seule famille noire en 1951 avait déclenché une véritable émeute. 15 000 Noirs travaillaient à Cicero, mais aucun n'y habitait. Martin Luther King qui n'avait pas été consulté reprend néanmoins à son compte l'initiative de Jackson. Mais la signature d'un accord sur l'attribution égalitaire des logements le fit renoncer à cette marche. Cela constituait pour lui une première étape. Cette décision divisa profondément le Mouvement ; cet accord dépendait de la seule bonne foi des signataires, cela n'était en rien un résultat concret. Une partie du Mouvement marchera donc tout de même à Cicero mais cela passera inaperçu.





Déçu, fatigué, trahi, menacé, Martin Luther King a maintenant 38 ans. Il commence à radicaliser ses positions. Il analyse dès lors l'avenir du Mouvement noir plus en terme de rapports de force qu'en un appel à la bonne volonté de ses adversaires. En avril 1967, Luther King prend fermement position contre la guerre du Vietnam. Pour le leader noir, la guerre est l'ennemi des pauvres et les dépenses engagées au Vietnam réduisent d'autant les programmes contre la pauvreté. King n’avait d’autres choix que de condamner les actions de son gouvernement, car sinon comment aurait-il pu prêcher la non-violence aux révoltés des ghettos? Cette prise de position provoqua au sein de la SCLC, des divisions d'une importance qu'il n'avait pas mesuré. Certains le désapprouvent publiquement. En plus, le FBI renforce son obsession d'un téléguidage de Martin Luther King par les communistes. Cette bataille de King devait être sa dernière avec celle menée contre la pauvreté des exclus, toutes races confondues, car il est assassiné le 4 avril 1968.



En terminant, la lutte menée par ce grand homme qu’était Martin Luther King pour l’amélioration des droits des Noirs, a fait évoluer la nation américaine plus rapidement que jamais. Dans un contexte de tensions raciales extrêmes, son idéologie de l’action non-violente a permis de nombreuses victoires au peuple noir, tel la déségrégation des transports en commun et des lieux publics et l’accession véritable à l’exercice démocratique. Sa grande détermination n’a peut-être pas amené que des victoires, mais grâce à son leadership, d’importantes améliorations aux droits civiques du peuple noir ont vu le jour et la ségrégation a reculé à pas de géants.