POLYGAMIE ET VIH/SIDA
Parmi les causes des pays les plus affectés par le VIH/Sida , on retiendra la polygamie.
En effet, ce régime matrimonial est longtemps demeuré une réalité socio-culturelle dans notre pays et se développe énormément dans plusieurs villes de province et dans certains milieux traditionnels et musulmans. On retrouve ainsi un homme avec plusieurs épouses (une, deux, voire quatre). Cette pratique qui existe depuis la nuit des temps sévit encore dans notre société, et ce malgré la crise économique, les mutations sociales et l’avènement de la pandémie du sida, qui exige de tous un comportement sexuel responsable. L’examen systématique des mariages qui s’opère dans les milieux familiaux (et les conséquences qui en découlent, notamment la vie des couples, les séparations de corps, les divorces) révèle plusieurs types de polygamie, la polygamie résultant de la succession, la «polygamie simultanée» et la vie maritale qui n’est qu’une forme voilée de la polygamie.
Dans le cadre de la «succession matrimoniale», il nous est souvent donné de constater qu’une veuve se remarie plusieurs fois dans sa vie et surtout dans la même lignée familiale ou dans la parenté à son mari décédé. Cette opération doit respecter le principe du lévirat qui autorise le plus jeune frère, le demi-frère ou le cousin agnatique du défunt à hériter de sa femme et de ses enfants.
L’intérêt de cet héritage réside dans le fait que le nouveau conjoint, qui n’a plus besoin de se présenter devant le maire, ne verse plus de compensation (dot) à sa belle-famille.
Là où le bât blesse est que cette relation ne s’entoure d’aucune garantie de sécurité conjugale, de santé, notamment le statut sérologique du partenaire. C’est de cette manière que plusieurs personnes qui s’engagent dans cette pratique contractent le VIH/sida et augmentent ainsi le nombre de personnes vivant avec cette maladie mortelle dans notre société.
Souvent, le décès d’un conjoint ou d’une épouse dans un couple est attribué à la sorcellerie, à l’empoisonnement ou à l’envoûtement alors que ces gens n’ont jamais accepté de se soumettre avant le mariage à un test de dépistage, même si cette condition est exigée par le code de la famille.
Certains candidats proposés au lévirat ou au sororat, quel que soit leur niveau d’instruction, sont contraints sous la pression sociale d’accepter les offres malgré les risques que cela comporte. De la même manière, la vie maritale que nous considérons comme une forme voilée de la polygamie constitue un facteur déterminant de la propagation du sida, même si les partisans de ces pratiques justifient leurs actes par le fait qu’ils permettent d’éviter la débauche et le vagabondage sexuel.
Or cette situation conduit sur la voie de la multiplication des partenaires, qui n’est que synonyme de multiplication des risques potentiels à contracter très rapidement les MST et le VIH/sida. Car la fidélité, la sincérité n’est pas garantie dans ce genre de relation, étant donné l’incertitude quant au nombre de partenaires sexuels de la femme que l’on fréquente peut-être une fois dans la semaine et à une heure précise. Il est urgent de prendre en compte dans l’élaborationdes plans de lutte contre la pendémie le volet polygamie et VIH/SIDA et de lutter efficacement contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
Auteur : Josias TEBERO