Centre International Haut Commissariat des Nations
pour les Droits Humains Unies aux Droits de l’Homme (HCNUDH)
CIDH
Projet ACT, PHASE 4
Aider les communautés tous ensemble
Rapport Final
Janvier 2005
Rapport Final
Projet ACT, PHASE 4 : Aider les communautés tous ensemble
Composante : Réalisation de deux séminaires de formation sur l’éducation
aux droits de l’enfant au Togo et suivi – évaluation des résultats.
Lieu : Kara et Lomé
Période : - Organisation des séminaires : du 18 au 19 et du 25 au 26 juin 2004.
- Suivi – évaluation : le 20 décembre 2004 et le 21 janvier 2005.
I. Contexte
Le Centre International pour les Droits Humains (CIDH), une association de promotion, de défense et de protection des droits de la personne humaine, a envisagé avec l’appui financier du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ( HCNUDH) à travers le projet ACT, phase 4, de réaliser deux séminaires de formation sur les droits de l’enfant à l’intention des éducateurs et éducatrices des écoles maternelles à Lomé (capitale du Togo) et à Kara (chef-lieu d’une région de l’intérieur du pays).
Ce projet comporte deux importantes phase à savoir : la phase de l’organisation des séminaires et celle du suivi évaluation des résultats.
Conformément aux clauses de l’accord de financement, un rapport intérimaire a été élaboré au mois de juillet 2004 et transmis au HCNUDH après l’exécution de la première phase du projet.
Le présent rapport final qui marque la fin de la réalisation du projet, rappelle dans un premier temps les objectifs, les activités et les résultats du projet. Ensuite sera présenté le compte – rendu du suivi - évaluation des séminaires avant d’évoquer les difficultés rencontrées. Enfin, des enseignements et recommandations seront tirés en ce que concerne les perspectives.
II. Objectifs des séminaires
En organisant ces séminaires le CIDH s’est fixé les objectifs suivants :
o Aider à une prise de conscience sur les droits de l’enfant en vulgarisant le plus largement possible les textes y relatifs ;
o Provoquer la réflexion sur les pratiques du droit de l’enfant dans la vie quotidienne ;
o Echanger sur l’intégration des droits de l’enfant dans les programmes des écoles maternelles.
III. Activités des séminaires
Les séminaires de formation se sont déroulés respectivement à Kara les 18 et 19 et à Lomé les 25 et 26 juin 2004. Ces rencontres ont connu la participation de 99 séminaristes dont 48 à Kara et 51 à Lomé ; autour de quatre communications à savoir :
· Pourquoi une éducation aux droits de l’enfant ;
· Les généralités sur les droits de l’enfant ;
· La psychologie de l’enfant ;
· Les techniques d’animation ;
Ces communications ont été suivies de débats et des travaux en ateliers.
Séminaire de Kara
La Cérémonie d’ouverture
A Kara, la cérémonie d’ouverture présidée par le Secrétaire Général de la Préfecture de la Kozah a connu trois (03) interventions : d’abord le mot de bienvenue du président du CIDH, ensuite l’allocution de Madame l’Inspectrice des Jardins d’Enfants de la région de la Kara et enfin le discours d’ouverture du Secrétaire général de la Préfecture de la Kozah.
Le président du CIDH dans son mot de bienvenue a remercié d’une part, les autorités administratives de la ville de Kara pour les divers appuis et facilités accordés à son Association dans l’exécution de ce projet et d’autre part, l’Inspectrice et les participants pour avoir répondu à son invitation. Présentant la situation des droits de l’enfant dans le monde, en Afrique et particulièrement au Togo, l’intervenant a indiqué que la société est en crise ; une crise si profonde qui affecte malheureusement et de façon plus sévère les couches les plus vulnérables dont les enfants. C’est un défi auquel les acteurs de développement et les organisations des droits de l’Homme sont confrontés a-t-il ajouté. Rappelant la place de choix réservée aux droits de l’enfant dans les programmes de la communauté internationale, il a invité les partenaires et autres bonnes volontés à appuyer et accompagner les organisations et associations dans leurs efforts aux côtés des populations à la base.
Madame l’Inspectrice des Jardins d’Enfants de la région de la Kara a rappelé la situation des enfants dans notre pays, situation qui n’est pas reluisante et s’est félicitée de l’action du C.I.D.H. en impliquant les écoles maternelles dans la lutte pour le respect des droits des enfants.
Le Secrétaire Général de la Préfecture de la ville de la Kozah a pour sa part remercié le CIDH pour son action qui vient renforcer les efforts du Gouvernement en faveur des enfants. Il a invité les séminaristes à tirer le meilleur parti de cette formation ; puis il a déclaré ouverts les travaux du séminaire.
Le premier jour du séminaire a connu présentation de deux communications :
Le premier thème : « Pourquoi une éducation aux Droits de l’Enfant ? »
Ce thème a été présenté par le Président du CIDH monsieur KADANSAO Tchilabalo. Selon le conférencier, répondre à la question posée par le thème suppose de dégager les principaux objectifs de l’éducation aux droits de l’enfant et d’expliquer les stratégies relatives à cette action éducative.
Il s’agit de développer, d’aider à la prise de conscience des droits de l’enfant. Expliquant le concept de droits de l’enfant, il a indiqué que par définition, le droit de l’enfant constitue une notion du droit international dont la mission est de défendre l’enfant et de promouvoir son développement dans un milieu d’amour, de compréhension pour un épanouissement harmonieux de sa personnalité. Il a fait remarquer que cette notion n’est pas comprise de la même façon par les adultes. Si tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’enfant a droit à la santé, ce n’est pas la chose pour le droit à l’expression. Pour lui donc, l’éducation aux droits de l’enfant vise à développer chez l’enfant le Savoir, le Savoir-faire, et le Savoir-être.
Il s’agit également de développer le civisme. Il faut encourager l’enfant à l’action, à la participation afin de développer chez lui des qualités fondamentales : esprit de groupe, sens de responsabilité, de la convivialité, de la co-gestion. L’éducation aux droits de l’enfant doit mener le jeune au respect de soi, de sa famille, de ses parents, de sa communauté de tous les groupes ethniques de son pays, au respect du bien public, des services sociaux.
Il s’agit enfin, de bâtir la paix. Contre la guerre, il faut construire une culture de la paix en sensibilisant les jeunes à la tolérance à la solidarité a indiqué Monsieur KADANSAO.
Pour atteindre ces objectif il faut :
2-La deuxième communication portant sur les généralités des droits de l’enfant a été co-développée par Monsieur AMADOU DISSOU David, Animateur aux droits de l’Homme et Monsieur VOULE Clément, Juriste Animateur aux droits de l’Homme.
Monsieur Dissou a présenté la Convention Internationale Relative aux Droits de l’Enfant. Il s’est appesanti sur la définition de l’enfant et l’historique de la convention.
Pour lui, l’histoire des droits humains a ses racines dans les luttes que les hommes et les femmes ont dû mener pour obtenir la reconnaissance de leurs droits fondamentaux par le pouvoir, par la loi et l’ensemble de la communauté Internationale. Il n’a pas manqué d’indiquer la Déclaration de Genève sur les Droits de l’Enfant adoptée le 20 novembre 1959, par l’Assemblée Nationale des Nations Unies en rappelant les sévices subis par les enfants juifs et tziganes dans les camps nazis. Le 20 novembre 1989 la Convention Relative aux droits de l’Enfant a été adoptée et le 2 septembre 1990 elle est rentrée en vigueur. Il a passé en revue les dispositions contenues dans le texte avant d’indiquer qu’il faut en faire jouir l’Homme de la rue et les personnes que ces dispositions sont censées protéger.
Monsieur VOULE, a de son coté présenté la Charte africaine des droits et du Bien-être de l’Enfant.
Il a également fait l’historique de l’instrument avant de s’attarder sur les spécificités de ce texte. Il s’est appesanti sur les droits et devoirs qui donnent un caractère spécifique à la Charte. Car en Afrique l’enfant acquiert son droit après avoir accompli ses devoirs a précisé Monsieur VOULE. Il a conclu en appelant à la vulgarisation des deux textes protégeant les droits de l’enfant.
3-Le troisième thème inscrit au programme de cette formation a porté sur « les techniques d’animation », présenté par Monsieur GADZE Komi Pierre Sociologue et animateur aux
droits de l’Homme.
Monsieur GADZE a situé sa communication dans le cadre du vécu des droits de l’enfant en milieu scolaire. Il s’est appesanti sur comment mener une séance d’animation. Il a donné des orientations après avoir indiquer que ces techniques permettront aux éducateurs et éducatrices dotés de compétences techniques de jouer un rôle de formateurs et formatrices au profit de leur milieu. Il a ensuite donné les éléments de compétences pour une activité d’animation. Pour lui, il faut :
Les règles fondamentales du travail de groupe ont été enfin le dernier point qui a intéressé les séminaristes. En guise d’exercice pratique, des textes de support et des jeux présentant des situations d’atteintes aux droits de l’enfant ont fait l’objet de travaux en ateliers.
Au cours des travaux, les séminaristes ont repéré dans les textes les cas d’atteintes aux droits de l’enfant en utilisant les instruments étudiés (la convention relative aux droits de l’enfant, la charte africaine des droits et du bien –être de l’enfant) avec repérage des articles de loi violés.
Au cours d’un jeu les participants ont tracé avec des cartes mises bout à bout une route représentant les articles de la convention et formant la route de la Paix.
Les séminaristes ont été conviés à construire cette route de la paix dans les écoles, les familles etc.
4- « La psychologie de l’enfant » a été présentée par Monsieur KONDI Djori, Sociologue.
Monsieur KONDI a dans un premier temps défini sa matière. Pour lui, la psychologie de l’enfant est l’étude du comportement de l’enfant. L’enfant au cours de son évolution traverse des étapes. Il a ensuite signalé que ces étapes sont liées à un certain nombre de comportements qu’on peut remarquer chez l’enfant qui a besoin du soutien et d’une attention particulière en vue de renforcer chez lui le désir de bien se comporter. La valorisation des qualités de gentillesse, de générosité, avec une orientation vers le respect de la règle élémentaire de la coopération sociale, et le développement des valeurs de tolérance, de paix et d’amour sont très important chez l’enfant a-t-il conclu.
Cette communication a ainsi épuisé la série de communications inscrites au programme. Ce qui a donné lieu aux cérémonies de clôture. Celles-ci ont été marquées par deux interventions à Kara et deux interventions à Lomé.
En vue d’approfondir les réflexions sur les deux instruments (la C.D.E, la Charte), les participants se sont constitués en trois (3) ateliers à Kara et à Lomé.
A kara, le premier atelier a porté sur « le droit à l’éducation et à une vie privée »
Au cours des discussions, un accent particulier a été mis sur la nécessité de garantir à tout enfant le droit à l’éducation et à sa vie privée. Ces dispositions interpellent les éducateurs et éducatrices, les parents, les pouvoirs public et soulignent la responsabilité fondamentale qui incombe à la famille, à la société des adultes.
Le deuxième atelier a été consacré au thème : « Droit à un nom et à une personnalité »
En plénière, les participants se sont appesantis sur le fait que nombreux sont des enfants au Togo qui ne possèdent pas des pièces d’identité (acte de naissance, certificat de nationalité etc).
Le troisième atelier a porté sur « les devoirs de l’enfant »
Comme indiqué dans les communications, l’enfant n’a pas que des droits. Il a également des devoirs. Les participants ont convenu qu’il ne faut jamais parler de droits sans expliquer que tous comportent des responsabilités ; quiconque se prévaut d’un droit, doit assumer les responsabilités qu’il implique. Il y aurait moins de conflits de droits si cette dualité était plus connue et mieux comprise.
La restitution des travaux en plénières a fait l’objet d’un remarquable enrichissement.
A Lomé, les thèmes ci-après ont été discutés :
1- « Le droit à l’éducation » ;
2- « La vie privée » ;
3- « Devoirs de l’enfant et formes de sanctions possibles à l’encontre de l’enfant au cas où il désobéit »
A l’instar des ateliers de Kara, la restitution engageant des débats enrichissant indique que les enfants ont besoin d’une protection et d’une attention particulière en raison de leur vulnérabilité.
Les participants ont échangé sur la nécessité de reconnaître l’enfant en tant qu’individu, en tant que personne ayant des droits, des devoirs particuliers qui changent avec l’âge et la maturité.
Les participants ont convenu avec nous que l’éducation aux Droits de l’Homme doit déboucher sur l’action, si modeste soit-elle. C’est sa finalité première. Mais il faut impérativement se fixer des objectifs réalistes, pour parvenir les risques d’échec, de découragement et d’abandon. Nous nous sommes rendu compte avec les participants que le travail en groupe donne beaucoup plus de satisfaction que la participation individuelle et qu’il a bien plus de chance d’aboutir. La pression du groupe nous stimule et nous rend plus efficaces.
IV. Résultats
La réalisation effective de ces deux séminaires de formation a permis d’atteindre certains résultats poursuivis par le projet comme l’indique le récapitulatif du dépouillement des fiches d’évaluation individuelle. Les séminaristes ont bien assimilé les thèmes présentés. A titre d’exemple, 60% des séminaristes de Kara et 74% de ceux de Lomé ont affirmé que le séminaire a répondu à leurs attentes ; 72% ont jugé les thèmes développés très bien et 26% bien (à Lomé), respectivement 62% et 34% ( à Kara).
Les séminaristes ont pris conscience de la nécessité de connaître et de vulgariser les droits de l’enfant.
Par ailleurs, le CIDH a développé davantage de bonnes relations de collaboration avec les autorités administratives locales ; ce qui lui donnera désormais un accès plus facile aux communautés de base. Le CIDH a salué également la prompte et appréciable contribution de certaines organisations notamment en matière d’apport documentaire (voir annexe).Ces séminaires lui ont permis de démarrer son projet qui vise l’élaboration d’un guide pour l’enseignement des droits de l’enfant dans les programmes du préscolaire.
V. Compte-rendu du suivi - évaluation
Le suivi – évaluation des séminaires s’est déroulé le 20 décembre 2004 à Kara et le 21 janvier 2005 à Lomé. Le CIDH a composé deux missions à cet effet, appuyée chacune par l’Inspectrice et les conseillères pédagogiques des régions respectives.
La mission de Kara, composée de M. VOULE Clément (juriste) et de M. KONDI (sociologue) a visité deux écoles maternelles confessionnelles (le jardin d’enfants catholique de Kara ville et le village d’enfants SOS de Kara) et deux écoles maternelles publiques (le jardin d’enfants EWAOU de l’école centrale de Kara et le jardin d’enfant de Pya central.
L’équipe de Lomé, composée de M. GADZE Pierre (sociologue) et de M. ADJOKE Bawénao (philosophe) a effectué le déplacement de deux écoles à savoir : le jardin d’enfants de la Marina et le jardin d’enfants Maison Pour Tous.
1. Objectifs du suivi - évaluation
L’objectif général du suivi – évaluation a été de savoir si les enseignements donnés lors des séminaires ont été bien approfondis et l’impact espéré a été atteint. Plus spécifiquement, il s’agissait de vérifier si les éducatrices sont capables de :
2. Déroulement du suivi – évaluation
Le suivi – évaluation s’est déroulé essentiellement en deux étapes. La première étape a consisté à suivre une séance d’animation exécutée par une éducatrice dans sa classe, en présence de ses collègues d’établissement ; la deuxième a consisté en un entretien entre la mission, la délégation de l’inspection et tout le corps enseignent du jardin concerné.
Première étape
Sous l’encadrement des éducatrices, les enfants ont à travers des sketchs, poésies, chants et contes exprimé et réclamer leurs droits. Les droits les plus exprimés ont été ceux relatifs à l’éducation, à la santé, à la non exploitation, à la nourriture, à un nom et à une nationalité, aux loisirs etc.…
L’on a pu constater une maîtrise suffisante des droits ainsi que des techniques d’animation utilisées.
Deuxième étape
La deuxième étape a consisté, après avoir observé les éducatrices animer les séances, à les rencontrer pour leur faire des observations sur les techniques utilisées, l’approfondissement des droits de l’enfant et recueillir d’elles les difficultés rencontrées et les recommandations pour améliorer leurs prestations.
Les Inspectrices et les conseillères pédagogiques ont rappelé aux éducatrices certaines règles pédagogiques à respecter avec les enfants à savoir : les encourager lorsqu’ils sont intimidés par la présence d’autrui, ou lorsque leurs prestations sont insuffisantes ; surtout , adopter un ton familier et affectif avec eux.
Au cours des échanges, les évaluateurs ont pu constater que les éducatrices ont approfondi leurs connaissances en droits de l’enfant à travers le matériel distribué (la Convention relative aux Droits de l’Enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’Enfant ).
VI. Difficultés
La réalisation de ces séminaires a connu un certain nombre de difficultés mentionnées dans le rapport intérimaire. Celles-ci sont de deux ordres :
Le suivi – évaluation a permis également de relever certaines difficultés :
VII. Enseignements, recommandations et conclusion
1. Enseignements
Au terme de la réalisation de ce Projet, les enseignements suivants peuvent être tirés :
2 . Recommandations
Au regard des difficultés et enseignements évoqués, les recommandations peuvent être de deux ordres :
Recommandations des bénéficiaires
Les éducatrices ont souhaité que :
Recommandations du CIDH
Au vue des préoccupations et besoins exprimés sur le terrain, le CIDH recommande :
3 . Conclusion
Ces deux séminaires de formation constituent une étape importante dans le processus évolutif du CIDH car les Bénéficiaires ont marqué leur totale satisfaction sur les travaux et ont souhaité en bénéficier régulièrement.
Le CIDH tient à remercier net à féliciter très sincèrement le HCNUDH pour son appui financier qui l’a réconforté dans ses efforts en matière d’éducation aux droits de l’Homme.
Le Togo est un pays qui compte cinq grandes régions. Deux d’entre elles viennent d’en bénéficier, il serait vraiment important que les trois autres régions ne pas marginalisées. Le CIDH espère alors que les recommandations soulignées dans ce rapport final feront l’objet d’une attention particulière de la part du HCNUDH.