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mercredi 07 janvier 2009
Togo: de la nécessité de mettre fin à l'impunité pour redonner confiance au peuple

  
Source de l'info : André
Posté par andre le vendredi 03 novembre 2006. Modéré le vendredi 03 novembre 2006 nombre de visites: 880

TOGO : DE LA NECESSITE DE METTRE FIN A L’IMPUNITE POUR REDONNER CONFIANCE AU PEUPLE



INTRODUCTION:

Dans quelques mois, le Togo, petit pays de l’Afrique de l’ouest, avec une superficie égale à 56.600 km2 et une population de plus de 5,4.000.000 d’habitants, connaîtra encore des élections. SI l’on sait que depuis 1993, les scrutins législatifs ou présidentiels ont été caractérisés par des violences, il importe de faire l’état des lieux et d’appeler à la vigilance.
C’est l’objet de cet article qui ne vise pays à remuer les plaies à un moment où le pays est en pleine transition politique mais plutôt rappeler à mes compatriotes togolais d’où nous venons afin de mettre les uns et les autres en confiance et mieux nous engager ensemble dans l’avenir.
Sur le plan international, le Togo, on le sait, est l’un des pays ayant ratifié le plus grand nombre de conventions et de textes relatifs aux droits humains.
Mais il est à déplorer dans le vécu quotidien des citoyens togolais, ce soit une situation contraire aux principes proclamés dans ces textes qui est observée. Les violations de droits humains, surtout en période électorale, sont monnaie courante au Togo depuis quelques décennies. Quelle que soit la période considérée, qu’il s’agisse du long règne de Gnassingbe Eyadema, ou de celui, encore débutant de son fils Faure Gnassingbe, la situation des droits humains fondamentaux a toujours été marquée par des abus et des violations de toutes sortes. Jusqu’à aujourd’hui, le pays a du mal à se détacher de cette étiquette noire qui l’entache en matière du respect des principes démocratiques et particulièrement des droits civils et politiques. Aujourd’hui et après la signature de l’accord politique global, on parle beaucoup de réconciliation nationale mais aussi et l’impunité. C’est ce dernier point qui nous préoccupe dans les lignes à venir.

Nous allons rappeler les éléments fondamentaux de ces nombreuses violations de droits humains que le Togo a connus durant les règnes aussi bien de Gnassingbe père que de celui du fils. Nous nous appesantirons surtout sur les violations notées depuis un an avant d’insister sur les actions que les militants –que nous sommes– et organisations de défense de droits de l’homme mènent dans ce contexte afin que « le crime ne continue pas de se nourrir de l’impunité».


I/ LE TOGO : UN « ELDORADO » POUR L’IMPUNITE ET LES VIOLATIONS DE DROITS HUMAINS ?
Quand on aborde la question des droits de l’homme, deux périodes sont à distinguer dans l’histoire récente du Togo. Deux périodes ? Disons plutôt deux règnes : celui du père GNASSINGBE d’une part (A), celui du fils ensuite (B).
A- Gnassingbe Eyadema ou le règne de l’arbitraire
Massives, graves et d’une férocité rare, les violations observées des droits civils et politiques sont fréquentes au Togo. De récents rapports publiés par des organisations et institutions de défense de droits de l’homme basées aussi bien au Togo qu’à l’étranger confirment régulièrement ce que l’on peut appeler « le règne de l’impunité au Togo » ; en effet, ces dernières années, la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH), la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la Commission des Droits de l’homme de l’ONU, Human Right Watch pour ne citer que ces organisations parmi les plus connues, ont toujours évoqué le cas du Togo comme très alarmants invitant l’opinion internationale à se saisir de la question et mettant les autorités togolaises sous une forte pression. Et c’était pour cause : outre le fait que le règne d’Eyadema lui-même avait commencé dans le sang, il est à noter que durant les 39 ans de règne, c’est à des assassinats et à un musellement des espaces de libertés que l’on a assistés. A titre de rappel et outre les cas de complots imaginaires contre « Le Prince » qui étaient monnaie courante, outre la pensée unique qui était dispensée, on se souvient très bien des camps de torture de Kazaboua et d’Agombio (Des révélations sur l’existence de ces camps ont été faites lors de la Conférence Nationale Souveraine tenue en 1991 ) .
Mais il y a deux éléments importants sur lesquels nous voudrions mettre l’accent. Ce sont :
Les attentats contre les opposants politiques du début des années 90 notamment Gilchrist Olympio qui a échappé à une tentative d’assassinat en 1992, et Tavio AMORIN qui y a laissé la vie.
  • Les nombreuses occasions où l’Armée, base du pouvoir des Gnassingbé au Togo, n’a pas hésité à tirer sur les populations aux mains nues. La plus grave illustration a eu lieu en 1993 à quand les forces de l’ordre n’ont pas hésité à tirer sur les populations à Fréau Jardin.
    Sans revenir sur les emprisonnements récurrents de journalistes, les détentions arbitraires de journalistes et de militants de l’opposition, nous ne terminerons pas cette série noire sans évoquer les lendemains de scrutin où, après des fraudes électorales ou des résultats tronqués, le Gal Eyadema a, à plusieurs reprises, fait tuer et massacrer les pauvres populations sous le regard complice de la communauté internationale. Amnesty International a d’ailleurs dénoncé en son temps, le fait que, comme au début des années 90 où une vingtaine de cadavres ont été retrouvés dans la lagune de Bè, un phénomène similaire s’est produit après le scrutin présidentiel de 1998.
    A la suite de tous ces évènements malheureux, le pouvoir promettait à chaque fois d’initier une enquête mais celle-ci sont toujours demeurées sans suite; ou bien l’enquête n’aboutit pas, ou bien les conclusions sont laissées dans les tiroirs.
    Quant à la réaction de la communauté internationale elle est toujours demeurée très timide. Et ce n’est donc pas étonnant que, lorsqu’ Eyadema décéda le 05 février 2005, Faure Gnassingbe, son fils, et le système RPT n’ont eu aucun scrupule à suivre les pas du Timonier défunt.

    B- Faure Gnassingbe va t-il se démarquer de son père ?:
    1- L’usage de la force brutale :
    Les jours qui ont suivi le décès du gal Eyadema ont été caractérisés par une irruption sur la scène de Faure Gnassingbe, son fils. Tout le monde se souvient effet de la scène, digne d’un autre siècle, où, à la mort d’Eyadema, les officiers de l’armée ont fait allégeance à son fils à qui le pouvoir était ainsi confié en violation de toutes les prescriptions constitutionnelles en la matière.
    Comme il fallait s’y attendre, les Togolais de l’intérieur comme de l’extérieur du pays, dans leur grande majorité se sont soulevés contre cet état de chose.
    Pour toute réponse à ces manifestations de colère de la part du peuple, l’armée a encore une fois mis en branle la machine à réprimer. Plusieurs dizaines de Togolais sont ainsi tombés. C’est donc dans un tapis de sang qu’il s’empara du pouvoir que son père à pendant près de 4 décennies. Comme réponse aux résistances de la population, l’armée et des miliciens du parti ont systématiquement organisé la répression ouvrant le feu sur les paisibles populations tuant et blessant sans distinction hommes, femmes, enfants, vieillards, sans distinction à l’aide de gourdins cloutés, marteaux, des bâtons. D’autres étaient découpés avec des manchettes, poignardés, jetés dans la lagune, les femmes particulièrement étaient violées, des enfants jetés et écrasés contre le mur, enlevés …
    Alors que les protestations de l’ensemble de la communauté internationale se faisaient encore plus virulentes et que les manifestations se multipliaient aussi bien à l’intérieur du pays que dans la diaspora, Faure Gnassingbe, le nouveau « monarque » dû se retirer non sans avoir pris soin d’orchestrer un mécanisme qui permit d’évincer Fambaré Natchaba, alors président de l’Assemblée Nationale, et d’installer au perchoir Abass Bonfoh pour assurer l’intérim du Chef de l’Etat et organiser des élections.
    Là encore, l’ensemble du processus électoral n’a été qu’une vaste mascarade.

    2- La parenthèse Abass Bonfoh dans la tragédie du peuple togolais :
    Comme nous l’avons dit plus haut, Faure Gnassingbé a dû céder à la pression et rendre le pouvoir au premier vice-président de l’Assemblée Nationale. Quant à Ouattara Fambaré Natchaba, le Président de l’Assemblée Nationale à l’époque, il s’est tout simplement vu refuser l’entrée sur le territoire national, obligé qu’il était de rester à Cotonou. Ce semblant retour à l’ordre constitutionnel n’a pas satisfait les attentes du peuple. C’est ainsi que les mobilisations pacifiques deviennent plus fréquentes et plus réprimées. Aucun mouvement de revendications de la population n’a été organisée sans être réprimé sous le règne d’Abass Bonfoh qui est censé assumé l’intérim du feu président jusqu’aux élections présidentielles qui ont suivi.

    3- Le retour de Faure Gnassingbe » et la vague de répression systématique :
    En se retirant la première fois, Faure Gnassingbe avait pris soin de tout mettre en œuvre pour s’assurer un come back avec des élections fraudées.
    Le scrutin du 24 avril 2005 a en effet été une véritable mascarade jamais organisée dans l’histoire politique du pays : des urnes volées par des militaires, des communications téléphoniques coupées, l’interdiction de toute participation de la population au décompte des résultats, bref, ce scrutin était d’une autre époque.
    Face à des partis de l’opposition dont la réelle stratégie était difficile à percevoir, la machine à réprimer du RPT s’est mise en marche.
    Au finish, plus de 811 Togolais (selon la LTDH), 400 à 500 selon une Commission d’enquête des Nations Unies, 150 selon la Commission nationale d’enquête indépendante, ont trouvé la mort. Des milliers d’autres sont gravement blessés alors que près de quarante mille (40.000) selon le HCR, ont dû se réfugier au Bénin et au Ghana.
    Amnesty Internationale, la FIDH, l’Union Africaine, les Nations Unions et beaucoup d’organisation de défense de droits de l’homme ont déploré à chaque fois l’impunité dont jouissent les auteurs de ces graves exactions commises contre les Togolais leurs voix se sont révélées jusque là impuissantes pour faire fléchir le système en place.
    Dans cette atmosphère, la société civile pour sa part a constamment maintenu la pression. Rappelons en quelques lignes les grandes lignes des initiatives qui ont été prises par les acteurs de la société civile togolaise et auxquelles j'ai eu le privilège de participer on dont j'ai pu être témoin.

    II- ACTIONS POUR LA LUTTE POUR LA PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME AU TOGO :

    A- L’implication de différentes catégories d’acteurs de la société civile :

    1 – Les femmes :
    Le courage des femmes n’est pas passé inaperçu dans ce processus ; elles sont descendues dans les rues du Togo pour crier leur ras-le-bol et réclamer le retour à l’ordre constitutionnel lorsque celui-ci a été mis à mal. La marche pacifique organisée à cet effet le 27 février 2005 a été la plus réprimée de toutes : plusieurs morts et blessés ont été enregistrés.

    2- Les religieux et avocats :
    Débordés par la crise qui risquait de voir tomber sous les balles tous les fils et filles du Togo, les clergés catholiques, protestant presbytérien et protestant méthodiste du Togo, ont décidé d’apporter leur pierre afin de faire cesser la violence qui grandissait en ce moment. L’Ordre des avocats s’est lui aussi joint à eux dans une marche pacifique vers la présidence d’Abass Bonfoh. Toutes les doléances sont restées lettre morte parce que cette action posée par le clergé et l’ordre des avocats n’a pas empêché les tueries et les massacres dont est objet la population civile.

    3-Les actions d’assistance aux victimes par des organisations de défense
    des droits de l’homme :


    a- La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme :
    J'ai travaillé à la LTDH et ce qu'il convient de retenir de cette période, c'ets le fait que suite aux agressions physiques (coups et blessures volontaires) dont étaient victimes les citoyens, la plupart arrivaient au siège de la Ligue non seulement pour dénoncer la barbarie qu’ils ont subie mais aussi espéraient une prise en charge médicale. Il fut établi pour chaque victime un dossier de récit des faits suivi d’une enquête pour la véracité des évènements et un appel de fonds a été lancé.


    b- Le Collectif des Associations de la Société Civile et Organisations Syndicales (CASCOST):
    J'ai été membre du Comité technique et suis actuellement Chargé de Programme du CASCOST.
    Plusieurs associations et ONG se sont mobilisées se constituant en Collectif afin de dénoncer le coup de force perpétré par les forces armées togolaises en remettant le pouvoir au fils du Feu Président Eyadema GNASSINGBE et réclamer ainsi le retour à l’ordre constitutionnel. Une autre action a consisté en une sensibilisation sur des élections non violentes par des affiches, posters, tee-shirts et en un financement des soins des victimes et des activités génératrices de revenus (AGR) des citoyens dont les biens ont été complètement saccagés.

    c- L’association Aube Nouvelle de Paris :
    Cetta ssociation,composée de Togolais vivant à Paris, a été très active dans l'assistance aux victimes. Un contrat a été établi avec trois (3) cliniques et une pharmacie de la place afin d’assurer essentiellement la prise en charge médicale des victimes des atrocités des périodes électorales. Cette association a également fait don de nourriture aux victimes et elle a particulièrement planché depuis 2005 à ce jour sur la prise en charge scolaire des enfants victimes de la répression.

    d- Avec l’OCDI de l’Eglise Catholique :
    Elle a fait don de nourriture et des habits aux victimes et aux personnes déplacées suite aux évènements des périodes électorales.

    e- Autres institutions :
    D’autres institutions comme l’Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo, les sœurs religieuses CARMELITES, la diaspora togolaise au Gabon, en Belgique, en Allemagne … ont apporté des appuis substantiels aux victimes.
    Ayant été actifs à ces différents niveaux, les militants que nous sommes se sont regroupés alors en Collectif pour entamer un nouveau chantier, celui de la lutte contre l’impunité.


    B- Les actions actuelles du CACIT :
    Dans le souci de mieux accompagner les victimes, les assister sur divers plans (juridique, psychologique et si, possible, financier), nous sommes actuellement organisés en Collectif des Associations pour la lutte contre l’Impunité au Togo (CACIT). Un travail de collaboration est étroitement mené avec un autre Collectif, celui des Avocats contre l’Impunité (CAIT).
    Le principal chantier est de tout mettre en œuvre pour faire cesser les impunités. Nous avons collecté des plaintes et à ce jour, au moins 150 plaintes sont finalisées et les victimes sont prêtes à témoigner devant la justice.
    Au même moment, et alors que s’annoncent les élections législatives à venir, nous entendons mettre à profit le présent séjour pour chercher des partenaires en vue d’entamer la mise en œuvre d’une vaste projet d’alerte précoce et de prévention des violations des droits de l’Homme en période électorale .
    Ayant à l’esprit que c’est en période électorale que les velléités de répression sont plus grandes de la part du pouvoir en place, nous comptons mettre en place un dispositif qui nous permettra de créer aussi bien sur le plan national qu’en collaboration avec les collègues militants de droits de l’homme des autres pays, un vaste réseau d’alerte et de collecte de données sur les violations de droits de l’homme et traduire dès que possible les auteurs devant les juridictions compétentes.
    Au moment où la classe politique vient de signer un Accord politique et que la mode semble être de faire des discours tendant à décréter la réconciliation, il nous parait utile de rappeler que le point 2.2 du même Accord affirme que « les parties prenantes au dialogue reconnaissent que l’impunité des actes de violence à caractère politique est un phénomène grave que le Togo a connu de tout temps, notamment à l’occasion des processus électoraux.


    Elles conviennent que toutes les forces vives du pays, en particulier les partis politiques et les organisations de la société civile, doivent œuvrer activement à son éradication».
    Le CACIT pour sa part, se réjouit que l’Accord politique global ait prévu la création d’une Commission chargée de « faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique commis par le passé et d’étudier les modalités d’apaisement des victimes ». Nous osons croire que pour une fois, cette promesse sera respectée.
    Pour notre part, notre leitmotiv demeure le même à savoir faire en sorte qu’au Togo, la « Terre de nos Aïeux », le crime ne continu plus de se nourrir de l’impunité.
    Ensemble, nous allons y arriver.

    Si le cœur vous en dit et que vous désirez échanger avec nous, merci de me contacter.

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