Les autorités parlent beaucoup
de la promotion de la femme,
mais prennent peu d'actions


Par Noël Tagenon

LOME, 25 mai (IPS)- Malgré l'existence de divers mécanismes destinés à promouvoir la femme, les Togolaises sont quasiment exclues de la gestion politique et socio-économique du pays.

Cinq ans après l'adoption de la Plate-Forme d'Action de Beijing (PAB) à laquelle les Etats du monde se sont engagés pour l'amélioration des conditions de vie de la femme, les Togolaises n'ont toujours pas accès aux postes de décision.

Les femmes représentent 51 pour cent de la population togolaise estimée à 4.300.000 habitants. Elles constituent 95 pour cent des artisans, 42 pour cent des commerçantes, et elles assurent dans le monde rural 70 pour cent des récoltes.

Le Président de l'Assemblée Nationale togolaise, Mensah Agbéyomé Kodjo, reconnaît l'importance du renforcement de la lutte pour l'émancipation de la femme.

''Il est temps de donner à toutes les femmes de cette planète la place qui leur revient. Il faut se rendre à l'évidence qu'en se libérant, les femmes sont appelées à libérer le monde. Loin d'être un problème, elles constituent une réponse aux problèmes du sous-développement'', a déclaré Mensah.

Selon le Chef du Parlement, la femme est la clé du développement. '' Ce n'est pas sans raison que la sagesse universelle retient qu'éduquer une femme, c'est éduquer toute une nation'', a-t-il expliqué.

Mensah Agbéyomé n'a pas dit comment il compte donner à la femme togolaise la place qui lui revient.

Le discours du Président de l'Assemblée Nationale n'est pas différent de celui du Gouvernement, qui promet de tout mettre en œuvre pour renforcer le dispositif juridique destiné à promouvoir la femme. Selon des observateurs togolais, les discours officiels sont remplis de vœux pieux, mais ne sont pas suivis de plans d'action appropriés.

Le Gouvernement a adopté plusieurs conventions relatives à l'amélioration des conditions de vie des femmes, et promulgué une loi sur les mutilations génitales.

Le Togo dispose d'un arsenal juridique pour l'épanouissement et la promotion de la femme. Ces dispositions sont contenues dans le Code togolais des personnes et de la famille.

La scolarité est désormais obligatoire pour la jeune fille qui est protégée par une loi contre les déperditions et les abus sexuels.

Selon les textes, la femme togolaise a théoriquement accès au crédit, grâce auquel elle peut faire des investissements. Ces investissements sont destinés à l'affranchir de la tutelle de son époux. Cependant, rares sont les femmes togolaises qui remplissent les conditions d'obtention de ces crédits car, pour la plupart, elles n'ont personne pour servir de garantie, ni de biens à mettre en hypothèque.

Sur le plan foncier, elles restent marginalisées. La femme n'a pas les mêmes droits que les hommes.

Le Gouvernement togolais a pris un engagement en faveur de la femme en créant un ministère chargé de la Promotion de la Femme. Ce ministère est appelé à promouvoir le bien-être de la population, et à prendre en compte les préoccupations des femmes dans le processus du développement.

Beaucoup d'autres femmes se sont regroupées en associations ou organisations non gouvernementales pour appuyer les actions de ce ministère.

Le plus souvent, les informations portant sur la promotion de la femme sont rares. Cette situation peut s'expliquer par le fait que le monde de la communication, tout comme les autres secteurs d'activité, accorde très peu de place à la femme.

Les femmes constituent une minorité dans le monde de la presse togolaise, où elles n'occupent que des postes subalternes.

Le poids démographique et économique des femmes togolaises n'est pas pris en compte sur le plan politique. Les femmes instruites sont victimes de discrimination en ce qui concerne l'occupation des postes de commande, malgré leur grand nombre.

L'Assemblée Nationale compte actuellement 5 femmes sur 79 députés. La législature précédente comptait seulement une femme.

Le nombre de femmes au sein du Gouvernement reste également faible. Sur la trentaine de portefeuilles, deux seulement sont attribués aux femmes. La première occupe le ministère des Affaires Sociales et de la Promotion de la Femme, la seconde est un ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Relations avec le Parlement et l'Union Européenne.

Ces deux exemples pris au sein du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif sont à l'image de la société togolaise dans son ensemble, où la femme est reléguée au second plan.

Ihold Dessiade Ama, députée à l'Assemblée Nationale, estime que ''le quota des femmes devrait pouvoir s'imposer de lui-même et dans ce jeu, le rôle de la femme est primordial''.

''Il s'agit d'une prise de conscience accrue de la nécessité de donner de plus en plus aux femmes leur place en tant qu'actrices du développement social, politique ou économique''.

Mais Géraldo Hadi Djatou Murielle, une autre femme députée, estime que ce n'est pas le nombre de femmes siégeant au Parlement qui compte. ''L'essentiel pour nous les femmes, c'est d'aider les hommes à travailler en complémentarité avec nous'', dit-elle.

Au Togo, plusieurs facteurs allant du poids de la tradition, aux charges domestiques et au refus des hommes de céder une parcelle de responsabilité aux femmes, constituent des freins majeurs à la participation des femmes à la vie politique et économique du pays.

''Nous devons nous imposer par nos efforts, avec plus d'efficacité et de compétences. Ainsi, nous serons plus nombreuses et prêtes à nous engager dans les assemblées et dans les instances de décisions pour discuter de nos problèmes au partenariat avec les hommes'', déclare Yagninim Amégnignon Olga, une autre députée à l'Assemblée Nationale togolaise.







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