Ce que je pense: MON PLAIDOYER CONTRE LA PEINE DE MORT:

FAUT-IL TUER AU NOM DE JUSTICE ?


Réflexion de Andre Kangni AFANOU

Nous sommes le Jeudi 02 mars 2000, il sonne 0h25 et le jeune Noir Américain Odell Barns vient d’être exécuté par injection létale. Il a effet été condamné à mort pour s’être rendu coupable du meurtre de sa petite amie en 1991. Ce fut une exécution de plus dans la longue et triste liste des exécutions à la sentence capitale opérant dans le monde en général et aux Etats-Unis en particulier .

L’affaire Odell Barns est touchante et émouvante à plus d’un titre. L’on se rappelle que jusqu’à la dernière minute celui-ci n’a cessé de clamer son innocence. Estimant que la culpabilité de Odell Barns n’avait été qu’insuffisamment démontrée, des voix se sont élevées de part le monde pour demander aux autorités américaines de lui accorder la grâce. Parmi ces voix, on peut noter celle du Pape Jean-Paul II, du président Jacques CHIRAC et de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme. Mais tant la Cour Suprême que le gouverneur du Texas, Georges BUSH Jr ( actuel Président des USA) sont restés sourds aux appels à la clémence lancés çà et là.
Odel Barns a été envoyé dans l’au delà ... Adieu Odell ! Et que la Terre te soit légère.


LE DEBAT

Au delà de cette exécution, c’est tout le débat sur le bien-fondé de la peine de mort qui est remis sur la sellette.


1- Les partisans de la peine de mort

Les partisans d’une telle solution mettent en exergue l’effet dissuasif de la sentence capitale ; ils se disent en effet exaspérés par une criminalité de plus de plus galopante et pensent donc que la mise à mort des coupables freine les velléités des éventuels candidats au banditisme. C’est en l’occurrence cet argument qui a été évoqué par les dirigeants des Philippines pour justifier le rétablissement en décembre 1999 de la peine de mort. C’est également sur la base de ce même argument qu’est intervenue la toute première exécution organisée depuis en février 1999 ?

Dans ce pays comme aux USA, une grande partie de l’opinion publique est favorable à la peine de mort. Aux USA par exemple, le phénomène est si poussé que les hommes politique ne peuvent pas s’opposer publiquement à la peine de mort sous peine de signer son propre ‘‘suicide politique’’. Portant, et comme l’a souligné un précédent numéro du magazine « Courrier de l’UNESCO », aucune étude sérieuse n’a, jusque là pu mettre en évidence un quelconque ‘‘effet dissuasif’’ de la peine capitale.

Au contraire, le taux d’homicide a baissé dans plusieurs pays ayant aboli le châtiment suprême comme par exemple le Canada, pourtant si proche des Etats-Unis. C’est dire que l’argument de l’effet dissuasif, aussi séduisant que cela puisse paraître, n’est pas assez convaincant. Mieux, il tend à légaliser le meurtre lorsque celui relève des institutions de l’Etat. Ceci pouvait être toléré si ceux que l’on qu’on ‘’supprimait’’ ainsi de la face de la Terre étaient vraiment coupables. Or les statistiques ont montré par exemple qu’aux Etats Unis , près de 85 cas de condamnés à mort se sont révélés en définitive non coupables après leur exécution. Quel énorme gâchis !

Le comble c’est que certains terroristes avérés, islamistes le plus souvent, n’hésitent pas des fois à affirmer leur fierté de rejoindre le ‘’paradis’’ à la suite d’une condamnation à mort dont ils sont l’objet. C’était notamment le cas il y a quelques semaines, en Indonésie.


2- L’inefficacité de la peine de mort

On peut alors se demander si la solution de la peine de mort est adéquate. La Loi du talion qui consiste à rendre œil pour œil dent pour dent est elle encore adaptée à notre époque moderne ? Peut-elle être valablement admise aujourd’hui ? Est-elle conforme à la morale dans les nations « civilisées » au sein desquelles nous prétendons vivre ? Si pour combattre le meurtre et la violence, on doit aussi tuer et faire mourir, quel exemple , donnons nous ? Quand donc finira le cercle vicieux de la violence si la violence doit répondre à la violence, si la haine doit poursuivre la haine ?

Loin de nous l’idée de défendre des criminels. Mais nous estimons que rien ne garantit que les près de 3500 personnes qui sont actuellement dans le couloir de la mort aux USA soient réellement coupables de ce pour quoi ils ont été condamnés. Il faut en se souvenir que la justice peut se tromper. Comme l’a si bien dit un personnage du célèbre roman ‘’Le Compte de MonteCristo’’, « Il lui arrive, à la justice, de se tromper, et quand c’est le cas, elle est la chose la plus ignoble et la plus abjecte qui puisse exister. Elle fait honte à ceux qui la rendent».

Indéniablement, le criminel est dangereux pour la société ;nous n’en disconvenons pas. Mais, les animaux dangereux et méchants, on ne les élimine pas forcément. A fortiori les personnes dangereuses, on ne doit pas les ‘’supprimer’’ habilement à travers une méthode savamment dénommée « Peine de mort ».

Si tant il est vrai que la liberté, c’est ce qu’un homme a de plus cher ,en priver les criminels pour tout le restant de leurs jours nous paraît judicieux. Le mérite d’une telles option serait de donner aux criminels la possibilité de se repentir ou, en tout cas, d’éprouver des remords pour l’acte posé. Un mineur condamné à mort dans l’Oklahoma n’a t-il pas martelé : « Me condamner à mort ... c’est affirmer que ma vie n’a aucune valeur ,que je ne peux pas m’amender que je suis totalement irrécupérable» ?


La portée de la peine de mort aux Etats Unis :

Nous sommes conscients d’une chose : les USA sont un pays oü justice pénale et politique électorale se mêlent inextricablement : les Procureurs sont élus ; dans les Etats, les juges sont nommés à vie mais leur maintien dépends d’un vote aux législatives suivantes ; les juges fédéraux sont nommés à vie mais leur confirmation fait l’objet d'énormes tractations au sein du Congrès.

C'est dire qu'à partir du moment ou une large partie de l'opinion publique admet la peine de mort, les politiques ne sont pas près d'aller à l'encontre d'une telle tendance Mais ce n'est pas telle tendance. Mais ce n'est pas une raison pour rester muet et laisser les USA, la première puissance mondiale, la seconde patrie des droits de l'homme avec la France, le gendarme du monde, tuer inconsidérément ses enfants. N'est-il pas étrange qu'une nation croyant si fort en la perfectibilité de l'individu continue de supprimer tant de vie ? Il faut donc oeuvrer pour que tôt ou tard la situation change ; même si l'on est loin de la possibilité d'abolition, il faut tout au moins que ceux qui luttent pour que soit décrété un moratoire sur les exécutions capitales soient écoutés tout au moins pour les cas douteux...

Nous voudrions malgré tout terminer ces lignes sur une note d'espoir en saluant la décision prise le 2 juin dernier par le président russe Boris YELSTINE de commuer en prison à perpétuité la peine de mort de 716 condamnés russes qui attendaient leur exécution, la peine capitale venait d'être abolie de facto dans ce pays qui se joignait à la liste des nombreux pays abolitionnistes.


A LIRE :

Temoignage : Viviane Andrey parle des condamnés à mort aux Etats-Unis


Référence du sites web :

La peine de mort en Afrique

Situation au Nigeria

L'Afrique du Sud et la peine de mort