Forum Social Mondial de Bamako :

POUR UNE PREMIERE PARTICIPATION, MA VISION DU MONDE A CHANGE



Jeudi 19 avril 2006, 00h30, le vol de la Compagnie Air Sénégal International atterrit à l’aéroport international de Bamako; je débarque et je me rends compte en accomplissant les formalités que derrière moi, se trouvait un certain José Bové, paysan de la Confédération Paysanne en France, figure emblématique du mouvement altermondialiste. Pour accueillir celui-ci, il y avait une autre personnalité (malienne cette fois ci) et non des moindres: Aminata Traoré, figure tout aussi bien connue de la lutte pour l’annulation de la dette des pays du Tiers monde. Le décor était donc planté, mon séjour malien notamment dans le cadre du Forum Social Mondial allait me plonger dans le monde des militants de la cause pour “ Un Autre Monde ”. Une affiche géante porte d’ailleurs cette inscription sur la colline qui traverse la ville de Bamako et, dans toute la ville, les nombreuses banderoles que l’on rencontre sur les murs plantent bien le décor. Je suis bien au Forum Social Mondial Polycentrique ( le même Forum a lieu simultanément sur trois continents) de Bamako.
L’expérience de la toute première participation du jeune Togolais que je suis à un Forum Social m’a permis de découvrir un “ autre univers ” et une “ autre façon ” d’appréhender l’évolution du monde.


1- CE QUE J’AI DECOUVERT :
Par le passé, j’avais l’habitude des grands sommets, colloques et séminaires dans des hôtels plus ou moins grands avec des conférences données par des “experts” et des programmes rigoureusement fignolés par les organisateurs. Au Forum Social, j’ai découvert une chose : tout le monde est EXPERT et SPECIALISTE de quelque chose, tous les sujets peuvent être abordés et tout délégué peut, de son propre gré, choisir un thème de discussion, improviser un cadre, trouver un espace sous les nombreuses tentes aménagées à cet effet et inviter d’autres à débattre avec lui des alternatives pour un “ Autre Monde ”. Les jeunes regroupés au Camp Thomas Sankara, du nom de l’ancien président du Burkina-Faso et les autres délégués présents sur les autres sites du Forum s’y sont donnés à cœur joie.
Aucun sujet n’est tabou. Les thématiques sont nombreuses : rôle de la femmes dans les sociétés en pleine mutation, les jeunes face au défis de la mondialisation, les droits économiques et sociaux, la question de la dette des pays pauvres, les subventions agricoles des pays riches, la sécurité et la souveraineté alimentaires, l’accès à la terre, l’émigration, toutes les questions sont abordées. Quant aux réflexions, elles sont ouvertes: quelles sont les mesures régissant actuellement la vie sur notre planète en matière politique, économique, sociale, culturelle? Quelles sont les alternatives pour aboutir à un système plus juste, plus équitable?
Autre particularité du Forum Social, pour y venir , point n’est besoin d’une lettre d’invitation de qui que ce soit ; tout citoyen du monde qui le veut peut s’inviter lui-même. Le Forum est un donc un espace ouvert, chacun trouve comme il veut le moyen le plus original pour initier un cercle de réflexion et inviter d’autres à échanger avec lui.
Cette année, plus de 30.000 personnes venus de 218 pays se sont ainsi invitées à Bamako. Plus de 500 sujets aussi différents les uns que les autres ont été abordés dans les ateliers initiés par les citoyens du monde présents à Bamako. Beaucoup de thèmes ont été débattus mais, à chaque fois, le constat était le même: à l’allure où évolue le monde actuellement, un énorme fossé continue de se creuser entre riches et pauvres sur la planète. C’est au point où un jeune a pu s’écrier : “sommes-nous tous nés sur la même planète Terre? Sommes nous réellement tous nés égaux en dignité et en droit ?”, “ sommes nous condamnés à mourir dans la misère et à laisser nos enfants dans cette même précarité ?”
Plus d’une fois, les participants au Forum Social Polycentrique de Bamako se sont sentis interpellés par ces interrogations. D’un atelier à un autre, j’ai découvert moi aussi qu’une urgence s’impose aujourd’hui à tout citoyen de l’Humanité: il faut faire en sorte que les pauvres de la planète envisagent l’Avenir avec plus de sérénité.

2- AFIN QUE LES PAUVRES NE SOIENT PAS TOUJOURS PAUVRES
A Bamako, le constat déplorable a déjà été fait selon lequel l’évolution actuelle du monde est telle que les riches continuent de s’enrichir de plus en plus alors que les pauvres voient leur situation s’empirer davantage. L’Europe, le Japon, les Etats-Unis et le Canada continuent d’accroître leurs richesses alors que les pays du Tiers-Monde en général et ceux d’Afrique en particulier croupissent en permanence sous le poids de la pauvreté, du SIDA, des conflits armés. De plus en plus, les Africains perdent leurs identités réelles et choissent d’aller vers l’el Dorado en occident, fussent au péril de leur vie.
L’organisation actuelle du monde avec l’économie néo-libérale en marche ne favorise pas le développement des pays africains et la fin de la pauvreté. Bien au contraire. Dans beaucoup de domaines, tout est fait pour perpétuer la domination de l’Occident par rapport à l’Afrique ; c’est le cas notamment de l’agriculture et de la dette.

a- L’agriculture : “Nous produisons un coton de haute qualité, à un prix cinq fois inférieur à celui de l’Europe et des Etats-Unis. Nous devrions le vendre à prix d’or, mais à cause des subventions agricoles qui cassent les prix, nous ne pouvons pas, et cela devient un désastre pour nos populations ”. Chaque année, les pays riches subventionnent leur agriculture à concurrence de quelques 350 milliards de dollars ; ils exercent ainsi une pression vers le bas sur les prix au niveau mondial et cela fait perdre chaque année à l’Afrique 450 millions de dollars. En conséquence, les agriculteurs africains vivent difficilement et n’ont plus le courage d’investir pour intensifier leur activité. Baba Diakate, cotonculteur du Togo exprime leur désarroi : “Avant, on pesait 17% du commerce mondial. Les paysans y croyaient : ils sont passés de 100 000 à 300 000 en dix ans. Avant, on vivaient sans laisser les enfants mourir”. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les enfants africains meurent par manque de services sociaux de base : accès à l’eau, soins de santé primaire, environnement, infrastructures, emploi… Les guerres, la famine, le désert ne viennent pas arranger les choses. On devient réellement dépourvus. A la fin, on préfère partir.

b- La dette : Depuis près de 40 ans, les pays pauvres consacrent la grande majorité de leurs ressources au service de la dette. Le remboursement de cette dette, contractée il y a quelques années et détournées par des dirigeants corrompus, souvent avec la complicité des Occidentaux empêche les Etats non seulement de répondre aux besoins des populations mais aussi d’investir dans des secteurs porteurs d’espoir. C’est ce qui amène une large partie de l’opinion à réclamer purement et simplement l’annulation de la dette afin de permettre aux Etats africains de libérer les ressources et faire face aux véritables défis du développement.
Sur ces questions et bien d’autres, le Forum Social Mondial réaffirme qu’un “ AUTRE MONDE ” doit être construit. C’est là une question d’Etique, de Solidarité et de Sécurité.

Un question d’étique : le monde ne doit pas évoluer à un double rythme : d’un côté les riches qui accumulent de plus en plus les richesses, et les autres qui continuent de s’appauvrir. L’histoire enseigne que l’Occident s’est servi de l’Afrique pour se construire notamment à travers l’esclavage. Aujourd’hui, les Africains, dont le continent regorge cependant d’énormes richesses continuent de croupir sous la misère. Ce n’est pas juste.

La nécessité de Solidarité entre les Hommes : aujourd’hui, les Africains sont dans le désarroi ; il est du devoir des autres citoyens du monde de s’engager avec eux, dans la recherche de voies et moyens idoines pour mettre fin à l’Hémorragie.

Notre sécurité à tous: aider l’Afrique à se developper au mieux est , pour l’Europe, les Etats-Unis, le Canada et les autres pays occidentaux, une question de sécurité car il est bien connu que la précarité des uns met en insécurité même les plus riches. Aujourd’hui, l’Occident ferme ses frontières aux ressortissants des pays africains et prend des mesures pour dissuader l’immigration. Mais chaque jour, on retrouve de nouveaux candidats à l’immigration prêts à tenter l’aventure : trains d’atterrissage des avions, caves des bateaux, fils barbelées de “ Melilla ” et “Seuta” , ce sont là les solutions que les jeunes Africains désespérés sur leur sort, continueront de prendre si rien n’est fait pour améliorer leur condition. Ils continueront par débarquer en Occident et , si l’on veut inverser la tendance, il vaut mieux les aider, chez eux en Afrique à vivre dans de meilleurs conditions, redéfinir les règles du commerce mondial pour qu’ils puissent profiter légitimement du fruit de leurs investissements. Au camp des jeunes, une banderole affichée sur l’une des nombreuses tentes du Forum résume bien la relation entre l’environnement socio-économique, la pauvreté et l’emploi des jeunes et l’émigration: “ Priver les jeunes d’éducation ou d’emploi, c’est les pousser à partir ”.Il vaut mieux les y aider. Sinon, sinon…

En quittant Bamako, je me suis pour ma part poser la question de savoir quel était mon rôle dans ce défi.

3- MON ENGAGEMENT : Pour que demain les pauvres puissent envisager l’Avenir avec plus de sérénité, je me suis engagé à : mieux porter assistance autour de moi, à tisser un Réseau de solidarité aussi bien au Togo qu’avec des jeunes d’autres pays afin que nous puissions porter des projets ayant un réel impact sur la jeunesse africaine
A cet effet, j’ai noué des liens avec d’autres jeunes venus non seulement des pays africains mais aussi de l’Occident. Nous allons ensemble créer une chaîne de solidarité et mener des actions concrètes. J’espère que des dizaines et des centaines d’autres jeunes de par le monde se joindront à nous et ensemble nous y arriverons. Il faut commencer quelque part par quelque chose. C’est ce que j’ai fait.

4-Dans un an, le Forum Social se réunira de nouveau; de tous les continents, les militants pour un “ Autre Monde ” convergeront vers Nairobi au Kenya et alors, nous ferons le point ; je ferai moi aussi l’état des lieux et j’espère, je vais pouvoir dire de façon concrète ce que j’aurais fait pour mettre plus de sourire autour de moi.

Rendez-vous est donc pris pour Janvier 2007 à Nairobi.

D’ici là, d’autres bonnes volontés pourront se joindre à nous et ensemble, nous y arriverons. Si vous pensez être disposé à joindre la barque et à voudriez bien contribuer à la réalisation des projets initiés par mon association, n'hésitez pas une minute, CONTACTEZ MOI et ensemble, nous pouvons faire quelque chose et améliorer le quotidien est générations à venir sur le continent africain.

André Kangni AFANOU


NB: Je voudrais partager avec vous ,

l- L'ALBUM PHOTOGRAPHIE DU CAMP DES JEUNES

2- LES ACTIVITES DU CAMP DES JEUNES

3- Les ACTIVITES DU FORUM SOCIAL DE BAMAKO